Gentils locaux et méchants touristes : quand les autochtones ont peur de se faire arnaquer par les voyageurs

La première leçon magistrale de mon voyage

Arrivée à Kuala Lumpur, Malaisie, très affaiblie par un coup de froid, je m’autorise quelques jours de repos dans un bel hôtel aux couettes épaisses et aux matelas moelleux.
Je dors tout mon saoul la moitié de la journée mais sors quotidiennement explorer un peu la ville à pied. 
Arrivée bien loin de mon hôtel, je me trouve sonnée par un coup de fatigue qui m’assomme proprement en début de soirée.
Trop patraque pour me jeter dans la cohue du métro, j’attrape un taxi au vol. Monsieur Taxi, tout en me reconduisant en direction de mon havre de coton s’enquiert de ma santé. Il me sermonne d’avoir tant marché et par pure gentillesse, il me propose de faire un détour par la mosquée illuminée en voiture. Il ne demande pas d’argent.  J’accepte. 

Bien calée dans mon siège, bercée par le babillage de mon chauffeur et regardant défiler la ville scintillante en cinémascope, je trouve qu’un tour de la ville comme ça, c’est vraiment ce qu’il me faut an=vant de rentrer.
Je demande combien il prend pour un tour « complet » (qui m’emmènera bien loin du centre ville pour la vue). Nous nous mettons d’accord sur le prix que je payerai au retour. En voiture Simone. 
A chaque fois que nous nous arrêtons aux endroits intéressants, je sors du taxi faire quelques photos en prenant avec moi mon sac à dos. Je ne veux pas le laisser dans la voiture. Ce gentil chauffeur pourrait bien partir avec, disparaître d’un coup d’accélérateur et me laisser en plan ! On ne sait jamais. Ne fais rien de stupide Christine.

Bizarrement, à chaque fois que je sors de la voiture, le chauffeur m’accompagne. Il ne me lâche pas d’une semelle. Ca cache quelque-chose…

 

Cette attitude me met un peu sur mes gardes. Je ne comprends pas.
C’est un peu plus tard que je découvre que Monsieur me chaperonne pour trois raisons. Premièrement, il craint pour ma sécurité, un méchant voleur pourrait s’emparer de mon sac, m’agresser ou dieu sait quoi. 
Deuxièmement, je suis faiblarde, encore malade. Je vais peut-être tomber dans les pommes au milieu de la route.
Troisièmement, et c’est ça le plus drôle, il craint que je ne m’échappe en courant sans payer la course ! J’ai beau être très sympa, les histoires de touristes voleurs pratiquant le resto ou le taxi-basket sont légion ici !

Ce chauffeur de taxi a peur de se faire arnaquer par une touriste. Mais c’est le monde à l’envers ! 

Et pourtant c’est souvent ainsi. Les locaux sont parfois tout aussi méfiants et apeurés par l’étranger que nous sommes que nous par les étrangers qu’ils sont. 
C’est une leçon magistrale : les regards sévères, les visages empreints de méfiance des locaux auront dorénavant une autre explication possible. 

Ils peuvent avoir une image terrible des occidentaux en occident : voleurs, menteurs, racistes et qui ne respectent aucune règle

Leur journal quotidien est rempli d’histoires terribles d’enfants assassins dans des écoles américaines, de pickpockets dans le métro, d’arnaques à la pelle aux pieds de le tour Eiffel et toutes ces histoires de délits de faciès.
Certains amis étrangers, avant de s’envoler à destination de mon pays, me le demandent le plus sérieusement du monde : comment dois-je réagir en cas d’agression raciste ? La police va t’elle m’arrêter à cause de ma couleur de peau ? 

Beaucoup de locaux se méfient des occidentaux en voyage… et ils ont parfois de bonnes raisons

Les vendeuses craignent de se faire dérober leur marchandise ou de se trouver face à un mauvais payeur. Les organisateurs de tours ont peur du scandale du voyageur mécontent. Les transports, tours organisés ou réservations décommandés à la dernière minute les mettent dans des situations financières délicates. Les prix 10 fois renégociés alors que le seuil de rentabilité est à zéro, les chambres désertées sans payer… Tout ça, sont leurs cauchemars quotidiens.
Sans compter toutes ces attitudes irrespectueuses envers leurs traditions … ou leurs femmes. Avoir des rapports sexuels avec une jeune femme issue d’une société traditionnelle africaine ou musulmane n’a pas du tout les mêmes conséquences que pour une européenne.
Les étrangers saouls, drogués, désinhibés ou qui ne se maîtrisent plus leur donnent à penser (avec raison) que nous ne sommes malhonnêtes, sans éducation, indignes de confiance et de respect.

Nous sommes à l’étranger et nous y sommes des étrangers 

Les mauvaises expériences existent des deux côtés. Au top des arnaques, les taxis se posent en champion. Cette histoire peut passer pour un mauvais exemple. Mais voilà, c’est un chauffeur de taxi qui m’a donné cette première leçon. 
S’enrichir du monde c’est un délicat mélange : rester prudent, ouvert, honnête, ne rien faire de stupide et surtout essayer de voir de l’autre côté du miroir. Cela peut changer le cours d’un voyage en territoire lointain.

A lire aussi...

Bien sûr, c’est évident ! Et bien non, ça ne l’est pas. Chaque jour des voyageurs se retrouvent dans de fâcheuses situations par excès de confiance, ignorance, imprévoyance ou intolérance… et c’est stupide !  

Suivez, partagez et donnez votre avis !
error

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

error

Vous aimez cet article ? Partagez-le ou réagissez !