Qu’est-ce que le voyage change en nous ?

Qu’est-ce que le voyage change en nous ?

Le voyage nous change t'il vraiment ? Quel est-t'il ce fameux voyage "qui a changé ma, ta ou sa vie" ? Au-delà des espoirs et des désillusions, voici quelques éléments de réponse

Chacun a sa raison de partir en voyage. Mais qu’est-ce que le voyage change vraiment en nous ? Le voyage, ce n’est pas (hélas) une téléportation dans une autre dimension où tout à coup, on se met à être heureux, détendu et super positif. Mais ! Le voyage nous apporte beaucoup de choses et c’est à chacun de les utiliser à bon escient.
Soyons sûr d’une chose avant de se précipiter sur le vols pour une destination exotique, le voyage ne change rien, c’est le voyageur qui change. Il doit être acteur de son évolution et comme nous allons le voir, ce n’est pas toujours évident.

Précision importante, je ne parle pas ici d’un voyage qui aurait pour but de se reposer pendant 15 jours en tout inclus, entre la plage, le buffet à volonté et la chambre climatisée.
Mais d’un voyage au long cours, d’une exploration en territoire inconnu.

Le voyage nous pousse en dehors de notre zone de contrôle : il nous rend... philosophe

En voyage, il est impératif de renoncer au contrôle. Les trains arrivent quand ils arrivent, les services sont mal organisés ou tout simplement inexistants, personne ne respecte le code de la route, en bref, c’est le bin’s !
Nous sommes pour la plupart, habitués à contrôler la façon dont les événements doivent se dérouler, organiser notre emploi du temps à la minute près. Si quelque chose dérape, nous sommes assaillis de frustration et submergés d’un sentiment d’impuissance très inconfortable. Plutôt que de tirer le meilleur parti de cette situation, qui, je vous l’accorde, est parfois difficile à trouver, nous allons batailler pour qu’elle se déroule comme prévu.
30 mn de retard en gare de Lyon, France, c’est l’émeute. Les passagers se plaignent, invectivent vertement les employés et vouent la société des chemins de fer aux gémonies.
Si cela se produit en gare de New Delhi, Inde, les conséquences de ce retard seront bien différentes. Vous n’aurez d’autre choix que de prendre patience et de vous rapprocher de vos camarades d’infortune, qui, vous allez voir, prennent la chose avec beaucoup de philosophie. Doivent-ils pour autant se mettre dans des états terribles et dire des choses affreuses ?
Et au final, sont-ils précipités dans les enfers ? Le monde s’arrête-t’il de tourner ?
Bien sûr que non. Ils vont prendre patience et attendre que le train arrive.
Ils savent qu’il est inutile de vitupérer et de faire scandale. Ils gardent leur énergie pour autre chose. Au fond qu’est-ce que ça veut dire « arriver à l’heure » ? Ils arriveront quand ils arriveront et ce sera toujours la bonne heure puisque l’important c’est qu’ils arrivent à destination !
Ici, peu de contrôle, peu de problèmes !

C’est une des leçons magistrales que le voyage peut enseigner à travers cette prise de conscience. Réaliser que batailler pour garder le contrôle est épuisant et dans bien des mesures, toxique, vecteur de tristesse, d’abattement. 
Bien sûr, ce contrôle rend possible de vivre dans une société organisée, confortable et sécure, mais il a ses limites !
Lorsque je dois faire face à un un événement qui ne se déroule pas comme prévu, j’essaie toujours d’y trouver un aspect positif : avoir plus de temps pour réfléchir, découvrir quelque chose de nouveau, ou encore, faire une belle rencontre.

Car le contrôle doit d’abord se faire sur soi avant d’opérer sur le matériel. Comme disait Bouddah, et il disait de bien belles choses : le maître de lui-même est plus puissant que le maître du monde !

Le voyage nous rend positif, on apprécie davantage ce que l'on a !

En voyage, si vous persistez à réprimander le garçon pour un service lent, un chauffe-eau hors service ou des transports en commun inexistants votre périple va se transformer en cauchemar. 
De gré ou de force, vous allez très rapidement être obligé de faire une petite mise à jour de vos priorités et ce sera sûrement une très bonne chose. Car pourquoi êtes-vous si loin de votre canapé et de votre télécommande si ce n’est pour être dépaysé, surpris, éprouver vos capacités face à l’imprévu ? 
A moins d’être nanti d’une mauvaise foi en béton armée, vous allez très vite vous apercevoir que ces perturbations peuvent amener quelque-chose de positif : la satisfaction de savoir gérer les problèmes, se découvrir flexible, plein de ressources.
Ces galères occupent souvent les meilleures places dans nos souvenirs car elles ont été vaincues, résolues. Elles se transforment en charge positive qui donne force et confiance.
Après avoir testé le système d’un pays africain ou asiatique, vous ne verrez plus la société française sous le même jour. Vous la trouverez belle, propre et pas si mauvaise que ça !

Si vous pensez que le voyage est dangereux, évitez la routine, elle est mortelle !

Le voyage vous éjecte de votre zone de confort vers une zone d'effort (et ça rend plus fort !)

Dans une zone de confort, on maîtrise tout, on sait à quoi s’attendre. Aucun mystère, aucune fantaisie, tout est bien en place pour satisfaire à tous les besoins. La même route, le même supermarché, le même resto, les mêmes copains…

Mais la zone de confort, c’est aussi une prison cernée de barbelés tricotés de doutes, de peurs, de paralysie, d’angoisses et d’idées reçues.
Au-delà de cette barrière se trouve la confiance retrouvée, l’accomplissement de soi ou de ses projets, des bonheurs tout simples et un véhicule fabuleux appelé « évolution ».
Il y a bien sûr bien d’autres moyens de sortir de sa zone de confort que de partir au bout du monde mais le voyage en est le plus bel outil !
Il vous oblige à prendre patience, à improviser, à s’ouvrir aux autres. Lorsque vous êtes loin de tout, les relations humaines deviennent fondamentales et la capacité d’adaptation tourne à plein régime car tout change autour de vous en permanence. Et tout ça booste vos hormones de bonheur qui s’éclatent comme un feu d’artifice et vous rendent vivant, heureux ! E-R-E !

Un petite histoire…

Il était une fois, sur les chemins de l’Himalaya…
Je rencontre par hasard Anja et Daniel, un couple de jeunes allemands. Pour Anja, chaque jour  de marche est une épreuve, elle souffre, elle peine, elle chemine péniblement. Je précise qu’Anna a un petit handicap, elle n’a pas d’avant-bras droit. Nous nous retrouvons à plusieurs reprises dans les lodges, le soir lorsque les sac-à-dos se vident, les estomacs se remplissent et que les langues se délient joyeusement.
Elle me dit « comment fais-tu Christine, toute seule, chargée comme une mule ! C’est dur, c’est si dur ! »
Je lui réponds « non, ce n’est pas dur Anja puisque tu es là, avec nous. La journée est terminé et tout c’est bien passé. Chaque jour, tu es victorieuse. Comment je fais ?  Euh…Chaque jour, je n’ai rien d’autre à faire qu’à mettre un pied devant l’autre et admirer un des plus beaux paysages du monde, alors, ce n’est pas très dur. »
Je lui dis aussi, avec toute la sincérité du monde combien je l’admire. Quand on marche avec des bâtons, on économise environ 30% de l’effort ! Mais je l’admire surtout pour sa détermination, elle continue ce périple malgré le découragement qu’elle ressent !
Elle se fige comme sous l’effet d’une décharge électrique. Au bout de quelques secondes elle dit « mais c’est vrai… » et elle est sous le coup d’une grande émotion.
Lorsque nous nous recroisons, bien plus tard dans le hasard des rues de Katmandu, nos retrouvailles sont pleines de tendresse et de joie. Cette aventure l’a poussée à se dépasser, à cesser de voir la difficulté du chemin et la remplacer par le bonheur d’être là. Cette marche népalaise à changé sa définition du mot
difficile !

Le voyage nous aide à prendre confiance en soi

Notre système social français est beaucoup basé sur la frustration. Il faut collecter beaucoup de bons points pour réussir son intégration et nous ne partons pas tous avec les mêmes chances.
Il y a souvent quelqu’un pour dénigrer, critiquer, rabaisser ou dévaloriser votre travail ou ce que vous êtes avec ces mots destructeurs : trop et pas assez. Trop petit, trop loin, trop cher, trop gros, pas assez qualifié, pas assez productif…
Bien sûr le voyage ne guéri pas par magie un ego blessé ou une estime de soi défaillante mais il suffit parfois de faire un petit tour dans le monde et de se rendre compte que nous ne sommes pas si mauvais que ça !
Les « autres » vous trouvent sympa, ils apprécient votre présence, votre savoir-faire et ils sont curieux de vous ! Il font preuve d’affection et de respect et vous vous découvrez tout à coup digne de considération malgré votre physique ou votre absence de diplôme ! Alors, qu’est-ce qui cloche « chez vous »?
Ces autochtones sont-ils tous stupides au point de vous manifester de la bienveillance, de vous sourire ? Non, ils ne sont pas stupides. Ils ne jugent pas, ils vous voient juste tel que vous êtes.
Pour eux, l’important ce ne sont pas vos rides, votre cellulite, votre maîtrise de la théorie dioptrique ou des quantas ou encore votre incapacité à danser le tango.
L’important, c’est l’énergie que vous dégagez, si vous êtes une bonne personne, ou pas !
Viendra peut-être alors le temps de cesser de vous accabler de reproches, de rêves de performance et de remettre en question la façon dont fonctionne votre système.
Et si le voyage permettait d’apprendre à aimer la personne que vous êtes et à vous pardonner de ne pas être parfait ? 
Le voyage peut aussi enseigner la confiance en soi. Il enseigne que quelle que soit la personne, elle possède en elle toutes les ressources pour être heureuse.

Le voyage peut nous aider à mieux nous connaitre et a réaliser qui nous sommes vraiment

En voyage, le contraste avec les autres sociétés de ce monde est propice à reconsidérer sa vie.
Les priorités, les choix de vie, les forces, les fragilités qui nous animent prennent plus de relief. Le voyage fait apparaître quelles sont nos croyances, nos valeurs profondes et  les fondements de notre personnalité.
Répondre à longueur de temps à la sempiternelle question « qui-es-tu-d’où-viens-tu-où-vas-tu ? » fait bien réfléchir. Cela permet de se redéfinir et de remettre sa vie en perspective. Réaliser le chemin parcouru ou celui qu’il nous reste à faire.

L’observation, la curiosité manifestée à l’égard de ces autres cultures auxquelles nous rendons visite mettent en lumière quelles sont ses « vraies » priorités et à les changer ! 

Je me souviens d’un voyageur fanfaron qui s’est retrouvé tout bête, insécure, alors qu’il lançait à la ronde « le pognon, c’est la vie !». Dans son environnement habituel, cette phrase déclenche sans doute des applaudissements. Dans cet autre cadre, cette affirmation est apparue au combien creuse, stupide. La prise de conscience a été si forte que nous avons ressenti l’onde de choc intérieur !

Le voyage c'est aussi partir à sa propre découverte et prendre conscience de nos qualités et défauts

C’est loin des repères, des références que la remise en question est le moins difficile. En regardant les autres hommes et femmes de ce monde on parvient à mieux se définir. Le voyageur se découvre acariâtre, impatient, n’arrêtant pas de se plaindre. Après cette prise de conscience, il sera plus facile pour lui de changer.
A l’inverse, il réalise parfois qu’il est parfaitement à l’aise dans les situations compliquées et se découvre des ressources insoupçonnées !
C’est souvent en cette occasion que l’on entend la fameuse phrase : le voyage a changé ma vie…

Découvrir le monde, c’est aussi se découvrir soi-même et qui sait, réaliser que l’on est tout à fait de taille à réaliser nos rêves.

Ascension du Pic d'Adam, Sri Lanka, 3.5 heures de montée, 5500 marches !

Une petite histoire

Sur les chemin du Sri Lanka, alors que nous nous lançons à l’assaut de l’Adams Peak (5500 marches à gravir de nuit pour arriver au sommet et contempler le lever de soleil)…
Je vois passer Jean-claude, 34 ans, agent de communication du Samu (c’est lui qui décroche lorsque vous appelez au secours). Il est trempé de sueur, à bout de souffle et en total désarroi. Je peux sentir à une distance plus que respectable la panique qui l’anime. Il n’arrive pas à suivre le rythme des copains (qui sont au top du top de la forme) mais s’entête à courir. Il s’effondre tous les 50m, frustré et malheureux. En lui, la bataille fait rage, abandonner l’ascension (ouh ! la honte) ou persister (ouh ! le douloureux effort).
Je me permet de l’apostropher. Je lui dit qu’il est vain de courir comme ça, qu’il faut qu’il marche doucement, dans son rythme, dans ses pas. Qu’il ne doit pas s’obstiner à suivre les autres. Il m’envoie gentiment bouler… mais la route est longue.
200 marches plus tard, Jean-Claude est à l’agonie. Je reviens vers lui : « marche avec moi, je suis une tortue ! En allant lentement, tu arriveras au sommet ». Il est encore récalcitrant, mais j’engage la conversation sur son métier (qui le passionne). Je lui pose plein de questions auxquelles il répond avec flamme. Et mine de rien, son attention se détourne de l’effort et les marches s’enchaînent presque sans peine jusqu’au sommet.
Premier choc pour Jean-Claude, il y est arrivé sans même s’en rendre compte.
Une fois là-haut, il part rejoindre son groupe d’athlètes. Après les suées sous l’effort, nous tremblons comme des feuilles sous le vent glacé. Serrés les uns contre les autres devant le grand spectacle du soleil levant, nous gardons tous le sourire… enfin presque tous.
Je vois passer Jean-Claude que je félicite joyeusement. Il me répond instantanément « oui mais il fait super froid ! »
Et là, deuxième choc : il me regarde effaré et dit « mais je n’arrête pas de me plaindre ! ».
J’acquiesce.
Lorsque nous redescendons, Jean-Claude me confie que marcher avec moi l’a bien motivé : « je me suis dis, si cette femme (50 ans, pas entraînée, pas super jeune, pas d’esprit de compétition, de spirit of victory) y arrive, je dois aussi y arriver. Je dois faire mieux qu’elle (sinon, c’est la honte).« 
Autrement dit, pour lui mon potentiel d’accomplissement se situe plus bas que le sien, donc en dessous du niveau de la mer. Il m’estime faible, vieille, éteinte.
Je réponds tranquillement : « tu juges toujours les autres sur leur apparence ? Que fais-tu de ce qu’ils sont à l’intérieur ? Tu sais ces forces cachées comme la détermination, la confiance, la bienveillance…« 
Troisième choc, il s’exclame : « mais je suis un vrai c** ! »
J’acquiesce.
Je tempère. « c’est bien d’en prendre conscience. Pour ton jugement, t’inquiète. J’ai l’habitude. Je vais me contenter du fait que notre rencontre t’aide à changer de point de vue« . Je pourrai mais je n’ajoute pas, « ça en fera un de moins » car à dire vrai, Jean-Claude était tout sauf un c**. C’était un garçon attachant et honnête, juste un peu trop… formaté.
Moralité : le voyage t’oblige à changer de filtre, de lunettes. Profite de toutes les leçons qu’il te donne pour grandir, être heureux et rendre les autres heureux du même coup : le soleil ne brille pas pour une seule personne.

Un voyage pour reprendre en main les rennes de sa vie

Quand on voyage, on est maître de son planning, de son itinéraire.
Personne, (enfin, en principe) n’est là pour vous obliger à faire ci ou ça. (Si c’est le cas, il ne s’agit pas d’un voyage mais d’une colonie de vacances).
Libre de décider où et quand partir, cet exercice ponctuel peut à terme devenir une véritable philosophie de vie.
Cet apprentissage innocent met en lumière que nous ne faisons que ce que les autres attendent de nous et que nous nous conformons à des rythmes, des obligations qui n’ont aucune valeur. Dans certains cas plus extrêmes, la prise de conscience est violente. Réaliser que le cercle auquel on souhaite appartenir à tout prix nous empêche d’être libre, indépendant et épanouis, c’est dur, mais ça fait avancer !

Le voyage c'est partir, mais c'est aussi revenir

Il existe mille et un voyages. Les raisons qui poussent l’aventurier à partir loin et longtemps sont différentes pour chacun de nous. Certains partent heureux, impatients d’en découdre avec l’aventure, gonflés à bloc, débordants de plans sur la comète.
Pour d’autres, le départ est une fuite. Je les appelle les réfugeurs. 
Ces voyageurs-là évacuent le champ de bataille pour rester vivants, moins souffrir. Ils ne sont plus de taille à absorber les chocs de leur vie : décès, divorce, faillite…  Voyager est alors le moment de prendre la distance qui s’impose pour reprendre des forces, se reconstruire loin du fracas et revenir apaisé, plus solide.

Le voyage à lui seul ne change rien, il faut être prêt à se remettre en question

Je connais nombre de personne qui engagent des processus de développement personnel sans voyager et ils obtiennent les mêmes résultats que ceux qui font le tour du monde. Parfois, ceux qui reviennent de voyage sont aussi perturbés qu’au départ.
A celui qui part arrogant, bouffi d’idées reçues, le voyage ne changera rien à la façon dont il considère le monde. Il continuera à juger les « autres », sûr de détenir la vérité universelle. Il cherchera (et trouvera) dans le voyage la confirmation de ses croyances et mythes.
Mais à ceux ou celles qui sont prêts à s’ouvrir, à se regarder en face, le voyage opérera comme un révélateur de ce qu’ils sont vraiment et, s’ils le veulent, permettra de s’épanouir davantage et de s’enrichir l’âme !

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